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Crise du Golfe : l’OMC sollicitée

Dans un échange particulièrement violent, les Émirats arabes unis demandent le « réexamen de la politique du Qatar » avant la tenue de la Coupe du monde football. Doha dénonce pour sa part la « jalousie mesquine » de l’Arabie saoudite et ses alliés.

La crise du Golfe ne faiblit pas. La tension est au contraire montée encore d’un cran après les échanges récents entre le Qatar et les Émirats arabes unis (EAU). Mardi 10 octobre, le ministre d’État émirati aux Affaires étrangères, Anwar Bin Mohammed Gargash, a estimé dans une série de tweets que l’organisation par le Qatar du Mondial 2022 devrait « inclure un rejet de la politique soutenant l’extrémisme et le terrorisme ».

Si le ministre n’a pas explicitement demandé l’annulation de la compétition, il a établi un lien entre la tenue du Mondial de football et le comportement politique de son voisin. « Un réexamen de la politique du Qatar est obligatoire », a résumé M. Gargash dans l’un de ses messages.

Cela fait en effet cinq mois que le Qatar est sous le feu des critiques de ses voisins. Le 5 juin dernier, deux semaines après la visite officielle de Donald Trump à Ryad, l’Arabie saoudite, les EAU, Bahreïn et l’Égypte ont brusquement rompu leurs relations diplomatiques avec Doha, en l’accusant notamment de soutenir des organisations terroristes.

Depuis lors, un blocus de facto est imposé au petit émirat gazier. La frontière de l’Arabie saoudite avec le Qatar, seule frontière terrestre du pays, a été fermée. Les liaisons maritimes et aériennes ont été suspendues et des restrictions sévères aux déplacements des personnes ont été mises en place.

Le Qatar a pour sa part déposé une plainte auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) contre l’Arabie saoudite et ses alliés, qu’il accuse de « violations des lois et conventions fondamentales du commerce des biens et services et des aspects liés au commerce de la propriété intellectuelle ».

 

« Notre souveraineté n’est pas négociable »

Doha soutient que les mesures prises par Ryad et ses alliés sont « arbitraires » et qu’elles « violent clairement les dispositions et conventions du droit commercial international ». Des accusations que le Qatar voit confirmées par les tweets récents du ministre émirati des Affaires étrangères.

« L’exigence des Émirats arabes unis que le Qatar abandonne la Coupe du monde montre que son blocus illégal est fondé sur de la jalousie mesquine et non sur de réelles préoccupations », a déclaré le gouvernement qatarien à l’AFP.

En 2010, le Qatar s’est vu attribuer l’organisation de la Coupe du monde de football en 2022, une première pour un pays arabe. D’où la « jalousie » dénoncée par Doha. « Le Qatar accueillera la première Coupe du monde au Moyen-Orient, dont les effets positifs se feront sentir au-delà du Qatar et s’étendront au Moyen-Orient », soutient Doha.

Pour le service de communication du gouvernement qatari, les déclarations émiraties sur le Mondial « sont une nouvelle tentative pour saper notre indépendance ». Et d’ajouter, lapidaire : « La Coupe du monde, comme notre souveraineté, n’est pas négociable ».

Et pour cause. Le Qatar a entrepris de grands travaux pour organiser l’évènement sportif. Le ministre des Finances, Ali Shareef Al-Emadi, assurait en février que le pays dépense « près de 500 millions de dollars par semaine sur les principaux projets ». Il annonçait par ailleurs que « cela va continuer pendant les trois à quatre prochaines années ». Au total, 187 milliards d’euros (200 milliards de dollars) seront dépensés par la puissance pétrolière en vue de l’organisation de la Coupe du monde.

 

L’économie qatarienne résiste

D’où l’importance pour Doha de se battre contre un blocus qui enfreint les droits « non seulement de l’Etat du Qatar, mais aussi de ses partenaires commerciaux », comme le formule le ministre qatarien de l’Economie, cheikh Ahmed Bin Jassem bin Mohammed Al-Thani.

En déposant sa plainte auprès de l’OMC, le Qatar a réclamé des consultations formelles avec l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et Bahreïn. Le pays se dit prêt à prendre « toutes les mesures nécessaires avec les organisations régionales et internationales pour défendre ses intérêts économiques et commerciaux, et ceux de ses partenaires », selon le ministre de l’Économie. Ce dernier a en outre annoncé qu’il avait rencontré le directeur général de l’OMC, le président du Forum économique mondial et le directeur général de l’Organisation mondiale de la Propriété intellectuelle.

Cinq mois après le début du blocus, l’économie qatarienne continue de se montrer solide. Les œufs, les jus de fruits ou le lait qui venaient auparavant de l’Arabie saoudite, arrivent désormais d’autres pays de la région. La livraison des marchandises se fait principalement par voie aérienne depuis l’Iran et la Turquie, et les importations maritimes ont été accélérées via Oman.

Le Qatar a annoncé en outre qu’il compte augmenter ses capacités de production de gaz naturel liquéfié, à 100 millions de tonnes par an (contre 77 millions actuellement) d’ici 2024. « Le Qatar est une économie très forte », a rappelé le ministre des Finances. En effet, le pays demeure le plus riche du monde en termes de PIB par habitant.

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