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Querelles princières en Jordanie

Le Roi de Jordanie a fait arrêter des membres de l'aristocratie qui auraient tenté un coup d’État avec le soutien de l’Arabie saoudite et des Émirats.

 

Purge princière au sein des forces armées jordaniennes. Le roi Abdallah a en effet ordonné l’arrestation de ses deux frères et d’un cousin : le Prince Faisal Ben Hussein, le Prince Alin Ben Hussein et le Prince Talal Ben Muhammad. Il aurait été alerté par ses services de renseignement que ces trois hommes étaient en communication avec des dirigeants saoudiens et émiratis : Mohamed Ben Salman de l’Arabie Saoudite et Mohamed Ben Zayed des émirats.

 

Les trois dignitaires arrêtés occupaient des positions d’influence au sein de l’appareil militaire jordanien. Le prince Ali ben Al Hussein est le fils de l’ancien roi Hussein avec sa troisième femme. Il commandait la Garde royale. Le prince Faisal bin Hussein est le fils du roi Hussein avec sa seconde femme. Il était chef d’état-major adjoint — et membre du Comité olympique international. Le prince Talal bin Muhammad, un cousin du roi, était en charge du Conseil de sécurité nationale de Jordanie.

 

Une « mise à la retraite » qui en dit long

 

D’après un communiqué diffusé par l’armée jordanienne, les trois princes ont pris leur retraite prématurément — une promotion honorifique. « Étant donné que l’institutionnalisme est la base du travail de l’armée jordanienne, le pilier sur lequel repose la modernisation, le développement et la restructuration (du pays), il a été nécessaire que l’on vous envoie à la retraite anticipée comme vos frères de l’armée », explique la lettre que l’état leur a fait parvenir.

 

Aussi, pour le gouvernement jordanien, il n’est pas question de mise aux arrêts. Pourtant, tout semble indiquer que les trois hommes ont été placés en résidence surveillée. La presse arabe assure quant à elle que les trois militaires auraient entretenu la possibilité de renverser le monarque avec l’aide de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis. Ces derniers voient en effet les dernières sorties jordaniennes comme une menace sur la ligne géostratégique qu’ils veulent imposer à la région.

 

Un contexte géopolitique tendu

 

Dans un contexte très tendu au Moyen-Orient, la Jordanie a décidé d’unir un « bloc » afin de contester la politique du Président Trump à Jérusalem. Ce dernier a annoncé début décembre vouloir y installer son ambassade, reconnaissant de facto la ville comme la capitale d’Israël. Cette annonce a choqué un large part de la communauté internationale dans sa quasi-totalité : sur les 193 pays membres de l’ONU, 128 ont voté pour une résolution condamnant cette décision, neuf contre, 35 pays décidant de s’abstenir.

 

C’est dans ce contexte que le Roi Abdallah a été amené à se rapprocher de pays comme la Turquie et le Qatar, qui ont pris la tête du mouvement de protestation contre ce transfert. Dans le sillage de cette crise, les relations houleuses entre Riyad et Amman ont pris un tournant alarmant avec l’arrestation du milliardaire jordano-palestinien Sabih al-Masri le 16 décembre, dernier, alors qu’il se trouvait en séjour régulier à Riyad.

 

Inquiétudes saoudiennes

 

Cette arrestation constitue clairement d’une mesure de pression politique, qui visait à infléchir la politique jordanienne. Le roi Abdallah avait en effet provoqué l’ire des Saoudiens et de leurs alliés du fait de son rapprochement avec la Turquie et le Qatar, deux de ses principaux rivaux. Déjà inquiétée par le regain d’influence de l’Iran — notamment au Yémen, son voisin — l’Arabie saoudite voit d’un très mauvais œil la montée de voix qui contestent sa politique régionale, notamment à l’égard des États-Unis.

 

 

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